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INTERVIEW DE JEAN PING MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES, DE LA COOPERATION, ET DE LA FRANCOPHONIE. |
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L'UNION "PLUS" : MONSIEUR le ministre d'État, en votre qualité de ministre gabonais des Affaires étrangères, de la Coopération et de la Francophonie, vous venez d'être élu Président de la 59è session de l'Assemblée générale de l'ONU, quelle est la signification de cette élection ? Naturellement, c'est d'abord un grand honneur pour notre pays, mais également un hommage particulier rendu à l'action du Président Bongo Ondimba sur le plan national, régional et international. - La mission de l'Assemblée générale est le maintien de la paix et la sécurité internationales. Or, le monde aborde une nouvelle génération de problèmes à côté des guerres traditionnelles : écologie, trafic de drogue, Sida. Comment la 59è Session doit-t-elle s'y prendre pour mobiliser la meilleure coopération possible contre ces menaces inédites ? Effectivement, le monde a complètement changé, avec la fin de l'ordre de Yalta et la division du monde en deux blocs. Avec la mondialisation, nous sommes à un tournant important de l'histoire. Les Nations unies dans ce monde globalisé jouent un rôle décisif pour faire face à ces défis globaux que vous évoquez. Evidemment, aucune nation, aussi puissante soit-elle ne peut résoudre toute seule ces problèmes d'une grande ampleur. Il est nécessaire d'avoir la coopération de tous les pays pour résoudre notamment un problème comme celui de l'environnement. Il faut cette solidarité active pour lutter contre la criminalité transnationale, la drogue, le terrorisme. Celle-ci est plus que jamais nécessaire, elle ne peut s'opérer qu'au sein du système des Nations unies, où l'ONU occupe un rôle prépondérant. L'Assemblée générale reste l'organe où tous les 191 Etats membres sont représentés, elle est l'organe centrale de délibération. Elle conserve un rôle déterminant dans la recherche de la paix et de la sécurité internationales, dans la résolution de toutes ces menaces globales. - On s'en doute bien, la tâche du Président de l'Assemblée générale exige rigueur et compétence, ainsi qu'un sens affiné de la diplomatie et de l'écoute des PLAYERS présents aux Nations unies. Est-ce que vous avez commencé à prendre des contacts ? Qui avez vous déjà rencontré ? Je ne fais que çà. Je dois vous dire que j'ai été invité par plusieurs pays. Parmi les pays qui m'ont invité, il y a les cinq membres permanents du Conseil de sécurité (Etats-Unis, France, Royaume uni, Russie, Chine). Je me suis donc déjà rendu dans quatre de ces pays. J'ai été à Moscou, à Londres, deux fois à Washington, puis à Paris. Dans chacune de ces capitales, nous avons eu de riches et utiles séances de travail avec les autorités des différents pays. Ensuite, je dois me rendre en Chine le 23 août pour faire la même chose. Mais, j'ai visité également d'autres qui ne sont pas membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU à leur invitation. Il y a le Japon où j'ai été reçu par M. le Premier ministre de ce pays, l'Allemagne, l'Italie, le Brésil. Assurément, ce sont des rencontres importantes qui permettent au Président de connaître la vision de ces pays concernant la 59è Session de l'Assemblée générale de l'ONU, sans oublier les problèmes du monde en général. Au siège des nations unies à New-York, j'ai également rencontré déjà les Groupes des pays pour échanger avec eux. C'est le cas du Groupe Asie, d'Amérique Latine et des Caraïbes... Je vais rencontrer rapidement tous les Groupes pour connaître leurs préoccupations, leur vision de l'avenir concernant la gestion des affaires du monde par la 59è Session de l'Assemblée générale de l'ONU. - Votre présidence s'ouvre dans un contexte crucial pour l'ONU à cause des tensions dans toutes les régions du monde : L'Afrique avec le Darfour pour ne parler que de ce drame humanitaire, le Proche et le Moyen Orient avec le conflit israélo-palestinien, l'Irak. Visiblement, on compte sur cette Session. Vu que les décisions de l'Assemblée générale n'ont pas force obligatoire, est-ce que cette pression qui s'exerce sur cette 59è Session n'est pas paradoxale ? Non, pas du tout... Certes, ce sont des décisions du Conseil de sécurité qui ont force obligatoire. En revanche, les décisions de l'Assemblée générale sont importantes à plus d'un titre, ce sont des décisions prises par l'ensemble de la communauté internationale. Elles ont donc une force morale extrêmement importante. Mais également, il y a le fait que beaucoup de questions qui sont abordées à l'Assemblée générale, ne le sont pas toujours au Conseil de sécurité qui a la responsabilité principale de prendre des décisions en matière de paix et de sécurité internationales. Par exemple les questions concernant l'environnement, elles sont abordées par l'Assemblée générale, mais aussi les questions du développement, et partant du financement du développement, les questions sociales, la situation de la Femme. Tous les Sommets qui se sont tenus sur ces questions et qui ont pris des décisions importantes, auxquels ont participé les chefs d'Etat et de gouvernement, l'ont été souvent à l'initiative de l'Assemblée générale. - L'Assemblée générale de l'ONU est souvent comparée à une sorte de "Parlement des nations" dans son fonctionnement. Car chaque Etat membre qu'il soit riche ou pauvre, puissant ou faible, dispose d'une voix. Quelle est, d'après-vous, la force de la voix du Président de la 59è Session ? Pour ma part, d'après ce qu'on me dit et que je vois, la présidence de chaque Session de l'Assemblée générale est un moment très fort. D'abord, c'est le Président qui oriente les débats. Dans toutes les questions qui sont importantes, on attend du Président de l'Assemblée générale qu'il fasse des propositions pertinentes. En ce qui concerne, par exemple, la réforme du Conseil de sécurité de l'ONU, c'est le Président qui doit présenter une proposition après avoir longuement écouté les Etats membres et recueilli leurs positions respectives avant de la soumettre. Puis, elle va être examinée. Le Président peut donc inscrire des questions majeures à l'ordre du jour, il peut prendre la décision qu'un Sommet doit se tenir sur telle ou telle autre question vitale. Il consulte les Etats membres sur les problèmes de la revitalisation nécessaire de l'Assemblée générale de l'ONU, pour ce faire c'est lui qui doit introduire les réformes indispensables pour redonner à l'Assemblée générale le rôle central qui est le sien. - Pour être concret, est-ce que vous avez d'ores et déjà un agenda de la 59è Session de l'Assemblée générale ? L'ordre du jour de cette Session est très chargé. En dehors des questions classiques - d'ailleurs il est question de simplifier l'ordre du jour pour éviter de le surcharger et garantir son efficacité - il y a des questions fondamentales telle que la réforme du Conseil de sécurité. On évoque cette nécessité depuis 1993, cela fait plus de dix ans qu'on l'aborde. Il va falloir soumettre une proposition, passer peut-être au vôte. Pour une question aussi importante que celle-là, il faudrait obtenir les 2/3 des voix des votants. Il y a une date butoir, il faut que cette réforme soit terminée avant la 60è Session qui va coïncider avec le soixantième anniversaire de l'ONU. On attend donc beaucoup pour faire aboutir cette réforme. Il y a aussi le programme de la revitalisation de l'Assemblée générale que nous devons conduire à son terme. Il faut également examiner toutes les questions concernant les changements, les thèmes nouveaux. Il y a un exemple, aujourd'hui, la Charte des Nations unies ne traite que des guerres entre Etats. Or, dorénavant les guerres ne sont plus forcément ce qu'elles étaient au siècle précédent, à savoir entre Etats. Elles sont de plus en plus des guerres civiles, à l'intérieur des pays. Ces guerres se traduisent parfois par des situations terribles marquées par des génocides. Il y en a eu en Afrique, au Rwanda. Qu'est - ce qu'on fait dans ces des situations comme celle-là ? Il faut vite introduire ces changements qui surviennent dans le monde à l'interieur de la Charte des Nations unies signée le 26 juin 1945 à San Francisco. A l'époque, la règle d'or était la souveraineté des Etats, la non ingérence dans les affaires intérieures. Or, aujourd'hui, on parle de plus en plus d'ingérence humanitaire, du droit d'ingérence ou du droit d'assistance. Le droit international évolue, il faut tenir compte de l'évolution des doctrines et des principes politico-juridiques qui gouvernent le monde. - Les pays en voie de développement notamment, attendent beaucoup de cette Session de l'Assemblée générale présidée par le Gabon qui est un pays africain authentique. Avant, on se plaignait de la tyrannie de la majorité automatique des pays du Nord à l'Assemblée générale, maintenant on redoute la tyrannie des PVD. Comment comptez-vous naviguer pour éviter les plaintes d'un côté comme de l'autre ? Vous évoquez là ce fameux effet balancier où l'on passe d'un extrême à l'autre. Je crois que le problème dont se plaignaient aussi les grands pays, c'est celui que vous avez appelé la majorité automatique. Les pays du Sud étaient plus beaucoup nombreux, sur la scène internationale quand il y avait un problème qui se posait et qui nécessitait le vote à l'Assemblée générale, les grands pays considéraient parfois qu'il y avait un bloc qui se formait et votait automatiquement dans un sens ou dans l'autre. Cela dit, il y avait le vote automatique à l'Assemblée générale, mais il y a toujours eu le Conseil de sécurité avec les cinq grands qui disposent du droit de véto. Toutefois, depuis l'avènement de la mondialisation, il y a une nette évolution politique et un meilleur état d'esprit à l'ONU. - Votre élection à la présidence de cette 59è Session de l'Assemblée générale, est tributaire de la vigueur de la diplomatie gabonaise dont le tournant majeur, annonciateur de ce cap remonte à l'année 1973. Est-ce vrai ? Non, je distingue trois âges de la diplomatie gabonaise. D'abord, la période des indépendances. A cette époque, le monde était divisé e n deux blocs qui se battaient et qui se le partageaient. L'enjeu était le partage du monde. Tous les petits pays, ressentaient le besoin d'être protégés et s'alignaient soit à l'Est, soit à l'Ouest. Le Gabon, en 1960, avait comme préoccupation majeure la survie physique. Pour les autorités de l'époque, elle passait par l'alignement sur l'ancienne puissance coloniale, qu'est la France. Il y a de nombreux accords, à commencer par ceux de défense que nous avons alors signés. Evidemment, cela se traduisait par une souveraineté limitée. Si vous lisez le livre du Président Bongo Ondimba qui s'intitule "Blanc comme Nègre", vous verez qu'il relate avec rigueur un ensemble de faits majeurs, il dit même que le père de la Nation, le Président Léon Mba, était aligné exclusivement sur la France. C'était une position dictée par le réalisme et la sagesse, qui montrait bien que le père de la Nation était conscient des dangers potentiels à l'échelon régional et international. Du coup, tous les petits pays sont pris dans la contradiction de trois fPLAYERS, l'indépendance, la sécurité et le développement. Ce lien dialectique entre ces trois fPLAYERS déterminent la politique étrangère de nos Etats. Ensuite, le Président Bongo Ondimba arrive au pouvoir, on voit nettement qu'il s'est attaché à sortir de cette préoccupation exclusivement sécuritaire. Il va mettre l'accent sur le développement. Si vous regardez ses discours dès 1968, il dit avec force déjà que la diplomatie doit être mise au service du développement. Son leitmotiv est, la priorité de l'action diplomatique c'est le développement. D'emblée, on voit progressivement qu'entre 1968 et 1973, le Président amorce une évolution vers la recherche d'une autonomie. L'année 1973 est donc un tournant. Le Président Bongo Ondimba reconnaît l'Union soviétique, la Chine, la Corée du Nord, la Corée du Sud. Notre pays passe d'une quinzaine d'ambassades à quarante sept. C'est le temps de la diplomatie tous azimuts. Cela s'est traduit par la signature de multiples accords, et le financement de plusieurs projets dont le Transgabonais. Cette année là, le Président participe à Alger, au Sommet des Non Alignés où il s'entretient avec le Président Houari Boumédienne. Quelques mois après, il se rend de nouveau dans la capitale algérienne à la Conférence de l'OPEP, qui coïncide avec le premier choc pétrolier. Dans ses discours qui suivront, il adopte la ligne des Non Alignés qui ne signifie pas à ses yeux le discours de l'extrémisme à outrance. Il y a fondamentalement cette recherche de l'autonomie, des moyens extérieurs pour développer le Gabon. Il y a la volonté du Président de marquer son époque d'une empreinte indélébile par une politique étrangère gabonaise. Par exemple, on va le voir se concrétiser avec notre politique moyen orientale qui n'existait pas avant. Puis, il y a la période de la mondialisation à partir de 1990. Cette mondialisation, se traduit par contre par une diminution des indépendances des Etats. La souveraineté des Etats qui était fondamentale depuis le XVII è siècle est remise en cause, la non ingérence dans les affaires intérieures des pays est également remise en cause. Les valeurs occidentales deviennent universalisées. Bonnes ou mauvaises, c'estun autre problème. Enfin, la troisième phase est donc celle de la mondialisation qui nous amène à réajuster notre politique étrangère. Le fait que le Gabon soit élu est une reconnaissance de l'action diplomatique du chef de l'Etat en faveur de la paix. - Cette année est riche pour la diplomatie gabonaise. Le Président Hu Jintao de Chine, et Sa Majesté le roi Mohammed VI du Maroc, sont venus en visite officielle à Libreville. Dans cinq jours, le Président Luis Ignacio Lula Da Silva du Brésil effectuera à son tour une visite officielle dans notre pays. Est-ce que l'élection du Gabon à la présidence de la 59è Session de l'Assemblée générale est un facteur déterminant dans cet intérêt porté à Libreville par ces personnalités politiques mondiales de premier plan ? Non, c'est l'inverse. D'abord c'est une année faste. Ensuite, le véritable chef de la diplomatie gabonaise c'est au fond le Président de la République, nous ne sommes que des exécutants. Le fait que le Président reçoive à Libreville son homologue chinois, Hu Jintao, qui est le nouveau Président chinois, qui est à la tête d' un grand pays d'Asie n'est pas un signe du hasard. Il y a des retombées et des perspectives très importantes pour l'avenir grâce à la coopération fructueuse entre Pékin et Libreville. La prochaine visite du Président Lula est également très importante, le Brésil est considéré comme le plus important pays d'Amérique Latine au plan politique et économique. Cette visite aura des retombées positives non seulement dans le domaine politique, mais surtout au plan des investissements économiques pour les deux pays. Ensuite, le roi du Maroc, S.M. Mohammed VI est venu en terre gabonaise, son pays possède un énorme potentiel parmi les pays émergents. C'est un hommage de plus à la diplomatie du Président Bongo Ondimba. On le voit donc, la diplomatie gabonaise est ouverte aux trois continents du Sud. Cela dit, si l'élection à la présidence de l'Assemblée générale est un facteur supplémentaire qui confirme qu'il s'agit d'une année faste pour notre diplomatie, en elle même cette élection n'a pas de rapport direct avec ces trois fPLAYERS là. Enfin, j'ajoute que le Président de la République a été invité en visite de travail et d'amitié aux Etats-Unis d'Amérique... - Quel sera le style de la présidence gabonaise de la 59ème Session de l'Assemblée générale de l'ONU afin que celle-ci contribue davantage au rayonnement de la diplomatie de notre pays sur la scène mondiale ? On parle de plus en plus de leadership. Partout, ce mot est à la mode. Pour présider l'Assemblée générale, il faut faire preuve de leadership pour éviter de subir les événements et pouvoir orienter les débats démocratiquement. Mais avec une certaine fermeté. |
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